Faire communauté
- chrlierlu
- 30 mai 2021
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 sept. 2021
Il faut descendre quelques rues depuis le centre-ville de Mazzarino pour arriver à Girasoli. Un grand bâtiment carré, sans revêtement, des volets cassés… hier Jubaër, ici depuis 1 an et 2 mois, me disait « au début j’ai pas cru que c’était ça le centre d’accueil ». Eh bien, nous non plus...
Puis, en se rapprochant, on commence à distinguer des couleurs : « NO RACISM » , « PLEASE, PEACE », « LET’S CULTURE MIX », « NOUS APPARTENONS TOUS A LA MÊME RACE: L’HUMANITE ».
I Girasoli Onlus a été crée en 2007 par un groupe d’amis originaires de Mazzarino, ville de 10 000 habitants au centre de la Sicile. Ça a commencé par un appartement en centre-ville accueillant des mineurs étrangers, à un bâtiment entier à la capacité d’accueil plus grande, un centre pour familles à Riese et un centre pour adultes à Caltanissetta. « Au début, on ne savait rien, on n’avait aucune expérience dans ce métier puisqu’on avait jamais fait ça » raconte Liria. Peu à peu l’association a grandit comme une grande famille, se sont ajoutées de nouvelles personnes, d’autres sont parties, d’autres sont revenues.
C’est le cas d’Ali, accueilli quinze années plus tôt par le centre et revenu des années plus tard pour travailler en tant qu’« opérateur social ». Il nous raconte: « Moi j’ai fait partie du premier groupe de jeunes accueillis: c’était pas normal de voir des personnes étrangères à Mazzarino. Alors on sentait le racisme encore plus qu’aujourd’hui. Des habitants venaient directement à la porte pour demander des explications ».
Les jeunes hommes accueillis attendent la régularisation de leurs documents avec un accès à l’école, aux besoins de première nécessités, au soins, à l’écoute, en jouant au foot, en parlant, beaucoup, en rencontrant de nouvelles personnes. Plusieurs projets - mis en pause par la crise sanitaire maintenant - leurs permettent de sortir la tête du centre pour aller dans d’autres villes: parfois à Rome, Palerme, Lampedusa, et même hors d’Italie…
Nous, nous sommes arrivés il y a plus de deux semaines pour travailler autour de la création vidéo. Nous avons été accueillis par des bras grands ouverts et des oreilles attentives. Graziana, qui prépare à manger tous les midis pour vingts personnes, nous a donné le mot d’ordre « dans la cuisine, vous prenez ce que vous voulez, quand vous voulez ».
Puis on s'est fait emporté par la vague Girasoli, par son temps et son espace. Beaucoup de temps avec les uns et les autres, à parler, écouter, rigoler et se sentir peu à peu en famille, comme à la maison. Notre séjour s'est conclu par ce repas chez Cettina et Calogero, deux membres fondateurs très importants de Girasoli, qui nous disaient: « En réalité, Girasoli c'est comme un ghetto. Les jeunes hommes ont très peu de contacts les gens de Mazzarino. Alors plus il y a de personnes qui viennent de l'extérieur pour proposer quoique ce soit, mieux c'est ».
Comme pour recréer un autre petit monde, à l'intérieur du grand, du vrai.
I Girasoli, réalisé par Amin et Safouane et Progetto Lambda
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